Un centenaire et demi
Le village de Passavant ne s'appelait pas encore Passavant-la-Rochère,
nom qu'il n'a acquis définitivement qu'au cours de la deuxième
moitié du vingtième siècle. Auparavant, c'était
Passavant-sur-Coney, dénomination particulièrement inepte
puisque le Coney ne coule pas à Passavant. Je suppose que ce nom
avait été administrativement et très rapidement adopté
à la place de la très ancienne appellation de Passavant-en-Vosges
qui n'allait pas très bien pour un village sis en Haute-Saône.
Aujourd'hui, Passavant est composé des trois bourgs : le Bourg
lui-même où se trouvent la mairie, le garage des voitures
de pompiers, l'école, la poste, l'église, le cimetière
et le château (plus la maison du Bourg ou « en face »
quand on est au château, appelé lui-même « en
face » du côté de la grande maison), la Côte
où se trouve la chapelle Saint-Antoine et d'où part le viaduc.
La Côte était longée par le chemin de fer. Enfin,
le troisième bourg : La Rochère où se trouve la verrerie,
seule industrie restant à Passavant qui, dans ses heures fastes,
possédait aussi trois tuileries.
Le château : des tourelles moyenâgeuse
pour faire genre
Le château, où se sont installés les
Dutailly, avait un étage de moins, la terrasse du côté
nord, sous laquelle se trouve les balançoires, n'existait pas,
pas plus que les petites tourelles des deux angles de la face sud. La
maison d'en face n'était alors qu'une ferme.
Le premier Dutailly à s'être installé
à Passavant, le père de mon arrière-grand-père (si
je ne me trompe pas), avait acheté le château et fit faire
des travaux pour le mettre à son goût. Ces travaux comprenaient
donc l'ajout d'une terrasse, fort agréable en été
et sous laquelle nous transformâmes nos oncles en pousseurs de balançoires,
d'un étage et surtout de deux
petites tourelles assez peu fonctionnelles il faut bien le dire. L'idée
je suppose dans cet ajout était de donner un véritable aspect
château plus ou moins médiéval au bâtiment.
Le tout recouvert d'un crépi à très gros relief.
Cela dit l'ajout d'un étage donnant quand même un aspect
assez massif à la construction, on peut se dire que ces tourelles,
dont l'une servait de cabinet de toilette, l'autre de WC (sans eau courante
ni l'une ni l'autre), contrebalançaient un peu l'effet de masse
de la façade sud. La terrasse quant à elle relie les deux
tours de la façade
nord qui existaient déjà. On y a une vue imprenable
sur le viaduc de Passavant, et donc sur le feu d'artifice du 14 juillet,
ainsi que sur le presbytère et sur la Côte. Il effectua aussi
des travaux sur la tour, authentiquement médiévale elle,
et, depuis, classée monument historique. Ce fût probablement
lui (pas le château, mon arrière-grand-père), ou son
cousin, Gustave (celui qui a donné son nom à la rose Président
Dutailly), qui planta le Gingko dans le parc du château.
La maison du Bourg et le mausolée
de Gustave
À la fin du dix-neuvième siècle, à
peu près au moment du mariage de mon arrière-grand-père
Gabriel, la ferme en face du château fût transformée
en grande maison : la grange est devenue un grand salon glacial hiver
comme été, un étage avait été rajouté
dans la partie centrale, on y logeait les bonnes dans les deux chambres
sous les toits. Par la suite, lors de la mort de Gustave
Dutailly, une autre partie de la grange, qui pourrait bien avoir été
une étable d'ailleurs, attenante au salon fût transformée
en fumoir-mausolée et meublé du mobilier hérité
dudit dans le style bourgeois cossu de l'époque, alourdi des boiseries
sombres des murs et d'une toile aux grandes fleurs de lys (à moins
que ça ne soit des chardons stylisés) blanc cassé
sur un fond bordeaux. Le fumoir est resté à peu près
en l'état soit dit en passant. C'est la seule pièce de la
maison vraiment facile à chauffer.
Gabriel, Gustave, «Tante »
et les autres
À la mort de mon arrière-arrière grand-père,
«Tante» Cécile, la soeur de mon arrière-grand-père
héritait du château, pendant que Gabriel gardait sa maison.
Elle avait un caractère fort sympathiquement affirmé (« Tante »,
pas la maison). L'un des vieux du village qui l'avait connu l'avait comparé
à un « uhlan ». Les uhlans ont laissé
un mauvais souvenir de leur passage à Passavant en 1914 (si je
ne m'abuse). « Tante » est morte en 1940. J'ai une
très nette tendance à penser qu'elle est morte du dépit
de voir les Allemands envahir la France malgré elle. À part
ça, elle pouvait être charmante quand elle le voulait, à
condition que l'on ne fisse pas partie de sa domesticité. Par exemple
elle avait laissé un souvenir ému aux communiants qu'elle
recevait toujours traditionnellement et à qui elle offrait une
collation.
Gabriel de son côté, lorsqu'il en eut assez
de sa fonction d'ingénieur à la manufacture
de céramique de Sèvres où il inventa une couleur
qui porte son nom, se retira à Passavant. Il laissa derrière
lui, une femme éplorée, deux fils (l'un des trois ayant
été tué à la guerre à Mostitef au Maroc)
et une collection complète de ses essais de couleurs. Force, au
vu de ce qu'il a laissé, m'est de conclure qu'après avoir
passé une partie de sa vie faire des essais, il a du en consacrer
une autre à les encadrer.
Mon grand-père, dernier de cette branche avait hérité
des biens de son père et ceux de « Tante »
donc, outre des terres dévaluées, le château, où
il s'installa et finit ses jours, et la maison d'en face que mon père
eut en héritage et dans le jardin de laquelle j'ai été à
mon tour tranformée en pousseuse de balançoires de neveux
et de nièces.
Passavant aujourd'hui
Il n'y a pas que les Dutailly et la verrerie à Passavant. Il y
a aussi plusieurs lavoirs dont un au moins est toujours en fonction :
Passavant était fort riche en eau. On peut visiter la chapelle
Saint-Antoine à la Côte et en profiter pour aller faire un
tour chez le jardinier. Dans le bourg, on trouvera un café restaurant,
une boulangerie (du côté de la place Jeanne-d'Arc), un peu
plus loin en allant vers la Rochère on passe sur un petit pont
de pierre, à pieds on s'arrête impérativement pour
voir les canards, en voiture on continue, on arrive à la pharmacie
puis à la Poste, voisine de l'ancienne tuilerie transformée
en salle communale. En continuant on prend le chemin de La Rochère
qui passe par le bois de la main. En automne c'est vraiment magnifique,
puis l'on arrive à la verrerie.
Aujourd'hui, les maisons de Passavant sont reliées au tout à
l'égout car Passavant possède une station
d'épuration d'eau, il y a des poubelles communes pour le tri
sélectif des déchets depuis plusieurs années, le
gaz naturel y arrive, on peut utiliser un téléphone
mobile et avoir un abonnement internet à haut débit.
Les alentours :
Châtillon, Monthureux, Darney et la forêt
Aux alentours il y a le musée
du Fer de Hennezel, le musée de Monthureux-sur-Saône,
Chatillon-sur-Saône,
le monument
franco-tchécoslovaque de Darney, Jonvelle
et surtout la forêt.
L'association Passavant-la-Rochère Passé-Présent-Avenir
a édité un livre « Passavant-la-Rochère :
1876-1918 » qui reproduit une belle collection de photographies
de cette époque de la vie du village. Le siège social de l'association
se trouve à la mairie de Passavant : 03 84 92 42 34.

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20
septembre 2002
Vaguement mis à jour le 20 juin 2007
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